Nous étions tellement pauvre qu'on n'avait pas de maison. Nous habitions dans une baraque sur le trottoir du Boulevard de la République à Akwa, en bas d'un manguier dont les fruits choisissaient toujours lorsque le sommeil était profond pour tomber sur notre toiture de taule en aluminium et me réveiller soudainement. Mon frère avait réussi à convaincre la famille de Monsieur Kingué, un Sawa autochtone, propriétaire de la grande maison qui se trouvait à ce carrefour en face de l'Ecole Publique d'Akwa, à côté de la salle de fête d'Akwa, de le laisser construire devant leur maison, mais sur le trottoir, un campement en carabote, une sorte de bois pauvre local. Il était d'environ 9 m2 avec une fenêtre et une porte d'entrée. Mais à l'intérieur, mon frère avait utilisé des cartons pour diviser en 2 chambres. A l'entrée, il y avait la salle principale, qui était son atelier de couture où il avait installé une machine à coudre électrique de marque Singer. Et de l'autre côté un espace qui nous servait de chambre à couché complètement occupé par un matelas par terre qui nous servait de lit. Il n'y avait pas de services hygiéniques, pour prendre une douche où faire ses besoins, il fallait aller derrière, dans la maison, chez les Kingué. La nourriture à midi et le soir avait le même menu : Pain et Avocat. Et les Week-end on s'offrait le plaisir de manger du poisson braisé chez l'autre voisine Sawa du nom de "Bebey-Elamé" qui avait transformé tout le salon de la maison en restaurant pour une seul menu : Poisson braisé et Miondo. Mon frère me disait que le plus difficile à Douala était de devenir un jour propriétaire. Son rêve à lui n'était pas d'aller à Paris, mais plus terre à terre, acheter le terrain à Douala et construire. Et que s'il ne continuait pas à vivre en pauvre afin d'économiser au maximum, tout en gagnant en même temps, l'argent de ceux qui jouaient aux riches, jamais il n'y parviendrait.
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