Lorsqu'on analyse de plus près la constitution des fortunes nationales, on se rend compte malheureusement que la part des nationaux est marginale, très souvent liée au commerce, c'est-à-dire à la spéculation et non à l'industrie, pourtant créatrice effective de richesses. Pendant des années, j'ai installé des usines dans toute l'Afrique. Ce qui m'a le plus marqué pendant presque 15 ans d'activité sur le continent africain était que mes clients étaient surtout des entreprises multinationales ou des étrangers, pour la plupart, européens, iraniens, indiens, libanais, mais rarement africains, que ce soit dans la chimie, l'agroalimentaire ou l'industrie pharmaceutique. Les nationaux africains sont complètement hors-jeu, avec, souvent, quelques exceptions au Nigeria et au Cameroun. J'avais aussi remarqué une autre division de l'Afrique sur les nationalités des propriétaires des usines. Dans les pays d'Afrique francophone, les industries appartenaient à près de 90 % aux ressortissants français et belges, dans l'Afrique lusophone, les industriels étaient en majorité des Portugais et dans l'Afrique anglophone, ce sont les Britanniques qui se taillent la part du lion. Mais un élément m'avait marqué : chaque ex-colon s'accompagne d'une sorte de classe intermédiaire de certaines nationalités, ses ex-colonies hors d'Afrique. Ainsi, en Côte d'Ivoire et au Sénégal, on aura une forte communauté libanaise parmi les industriels, au Kenya, en Ouganda ou en Tanzanie, ce sont les Indiens qui vont seconder les Britanniques. En Afrique lusophone, ce sont les Brésiliens qui accompagnent les industriels portugais. Mais les Africains étaient toujours absents de l'industrie, soit absents de là où le patrimoine se forme sur des bases solides pour parcourir plusieurs générations d'héritiers, pour durer des siècles.
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