“Le président chinois n’a emmené aucune délégation de chefs d’entreprise.” C’est à mon avis le point le plus important de toute la visite. Ce détail, passé presque inaperçu dans la dépêche, révèle une frontière idéologique fondamentale entre les États‑Unis et la Chine. Ce geste est un marqueur idéologique, un signal stratégique, une démonstration de souveraineté de la part de la Chine.  De quoi s'agit-il ? Côté américain : Donald Trump est accompagné par Sam Altman (OpenAI), Jensen Huang (Nvidia), Elon Musk (Tesla, SpaceX, X) etc. Ce sont les patrons de la tech, de la finance, des industries stratégiques. Ce sont les entreprises qui portent l’innovation, l’investissement, la recherche, la projection de puissance. Certes.  Mais à travers ce geste, les États‑Unis montrent par là que leur puissance repose sur le secteur privé. Et par conséquent, que leur État n’est plus l’acteur central de la souveraineté technologique. Côté chinois : Xi Jinping arrive seul, sans PDG, sans délégation d’entreprises, sans “business forum” parallèle. La Chine montre que sa puissance repose sur l’État. Les entreprises chinoises ne sont pas des acteurs autonomes : elles sont intégrées dans la stratégie nationale, elles ne négocient pas directement avec Washington, elles ne sont pas les vecteurs de la diplomatie. Ce contraste est idéologique, structurel, systémique. Et c'est cela la base de l'architecture du monde de demain.  Ce geste diplomatique en apparence anodin et sans importance est au contraire, un message stratégique très fort.  Le Message envoyé par les États‑Unis c'est : “Notre puissance est privée. Ce sont nos entreprises qui innovent, qui décident, qui investissent.” C’est la logique américaine depuis les années 1980 : Silicon Valley = puissance nationale. Le Message envoyé par la Chine c'est : “Notre puissance est étatique. L’État décide, l’État planifie, l’État négocie.” C’est la logique chinoise depuis Deng Xiaoping : Parti-État = souveraineté technologique. Pourquoi Xi Jinping n’a pas emmené de délégation d’entreprises ? 1) Parce que la Chine ne négocie pas avec les États-Unis sur le terrain qui lui est le plus favorable, celui du privé.  Les entreprises chinoises ne sont pas indépendantes, ne sont pas des acteurs diplomatiques, ne sont pas des contreparties de négociation, ne sont pas des “lobbies” comme aux États‑Unis. Elles sont des instruments de la politique industrielle. 2) Parce que la Chine veut montrer que sa puissance n’est pas dépendante du marché américain. Si Xi avait emmené BYD, Huawei, CATL, COMAC, Tencent, Alibaba, cela aurait envoyé un message de dépendance ou de besoin de reconnaissance. Cela aurait signifié que la Chine a tellement besoin du marché américain. Et donc, cela aurait donné un levier de puissance supplémentaire à Donald Trump pour négocier avec la Chine.  Mais en venant seul, Xi dit : “La Chine n’a rien à demander. La Chine n’a rien à négocier. La Chine n’a rien à concéder.” "La Chine ne s'attend à rien de particulier des Etats-Unis".
Lire le contenu