La Chine ne prépare pas seulement un « coup BYD » dans l’aéronautique. Elle prépare quelque chose de plus profond : la reconstruction complète d’un écosystème aéronautique national, depuis l’éducation jusqu’aux moteurs, en passant par les matériaux, les compagnies aériennes et les centres de maintenance.
Le C‑919 n’est pas l’objectif final, c’est la première génération. Comme dans l’automobile, l’Occident juge la Chine sur la version 1.0, alors que la Chine raisonne en trajectoires industrielles.
Le jour où la Chine maîtrise ses propres moteurs et sature son marché intérieur, Airbus et Boeing vivront exactement ce que Tesla vit aujourd’hui avec BYD : un concurrent qu’ils ont méprisé, devenu incontournable.
Mais BYD, montée en puissance de la Chine, tout cela n'existerait pas sans la bénédiction d'une théorie économique que les gens ne connaissent pas beaucoup en Afrique, le Tatchérisme.
LE TATCHERISME, LE CADEAU GRATUIT DE L'OCCIDENT A LA CHINE
Le thatchérisme est une doctrine politico‑économique née au Royaume‑Uni dans les années 1980, fondée sur la privatisation, la désindustrialisation, la réduction des dépenses publiques, la financiarisation, et le démantèlement des structures étatiques techniques.
Dans le domaine précis de l'aviation qui nous intéresse pour notre leçon du jour, cette doctrine a désintégré la filière aéronautique britannique, puis a influencé toute l’Europe, en poussant à la fermeture des centres de recherche, à la privatisation des constructeurs, et à la fragmentation des chaînes industrielles.
Définition du dictionnaire :
Le thatchérisme désigne l’ensemble des politiques menées par Margaret Thatcher (1979–1990), fondées sur la privatisation massive des industries publiques, la réduction drastique des dépenses publiques, la désindustrialisation volontaire, l'affaiblissement des syndicats, la financiarisation de l’économie, la croyance dans le marché comme régulateur unique, et le démantèlement des structures techniques de l’État.
Objectif idéologique !
Après deux siècles d'industrialisation, le pays qui a inventé la Révolution Industrielle a pensé que c'était venu le moment de tourner la page et de passer à autre chose. Et pour y arriver, il fallait, remplacer le modèle productif national en vigueur depuis le 17ème siècle, par un modèle post‑industriel, centré sur la finance, les services, la dérégulation, et la mondialisation des chaînes de valeur.
Le thatchérisme a surtout détruit la filière aéronautique britannique
- Avant Thatcher, il y avait un écosystème aéronautique complet.
Le Royaume‑Uni possédait des usines historiques comme Hawker Siddeley (avions militaires), British Aerospace (BAe), Rolls‑Royce (moteurs d'avion), Royal Aircraft Establishment (RAE), Farnborough Aerospace Centre, des universités spécialisées (Cranfield Institute of Technology).
C’était un système complètement intégré.
- Après Thatcher on a assisté au démantèlement systémique !
Fermeture du RAE en 1991, ce qui a conduit à la perte du centre national de recherche aéronautique. Cela a été suivi par la Privatisation de British Aerospace → fragmentation industrielle.
Ensuite, la Transformation de Cranfield en université généraliste avec la perte de spécialisation.
Pour compléter le tout, il y a eu la Réduction des budgets militaires → effondrement de la R&D. Et comme il fallait s'y attendre à l'Abandon de programmes nationaux (avions civils, drones, matériaux).
Le Royaume‑Uni est passé d’une puissance aéronautique complète à un sous‑traitant de chaînes globales. Et à l'époque, tous les spécialistes disaient que c'est ce qu'il fallait faire. Ce qui a influencé toute l'Europe.
Le thatchérisme a transformé l’Europe en plateforme industrielle fragmentée, incapable de reconstruire un modèle souverain à travers la Désindustrialisation volontaire.
L’idée à la mode était que les pays avancés gagneraient plus d'argent en se concentrant sur la finance, les services, l'innovation privée, et l'abandon des industries lourdes.
La conséquence immédiate a été la Privatisation des centres techniques. Les centres publics (RAE, laboratoires universitaires) ont été fermés, privatisés, fusionnés, réorientés vers des activités non stratégiques.
Alors que l'Occident cherchait à spécialiser la Chine, pour les taches les plus ingrates de l'industrie qu'ils fermaient pour se concentrer sur la finance, la Chine a pris le temps d'observer tout le système et de comprendre le premier angle mort d'une telle décision erronée : la Perte du capital humain spécialisé.
Au Royaume Uni, les universités spécialisées ont été fermées, fusionnées, transformées en écoles généralistes. Résultat des courses : perte de souveraineté technologique. C'est ce point qui a incité la Chine a faire l'inverse, non pas de courir produire ce que l'occident lui demandait de fabriquer, mais multiplier les universités pour les spécialités que l'occident détruisait : le contre‑modèle de souveraineté.
La Chine a inventé l'asymétrie constructive : faire l’inverse du modèle occidental pour créer un avantage irréversible.
De quoi s'agit-il ?
En intelligence stratégique, il existe une technique qui vous permet de créer un écart stratégique irréversible avec vos ennemis ou avec vos concurrents, c'est de faire volontairement l’exact contraire de ce que le concurrent dominant a fait.
Quand vous accumulez beaucoup de retard technologique sur un hégémon, il est naïf d'annoncer qu'on a entrepris des actions pour le rattraper. La meilleure manière de se développer sans qu'il ait envie de nous détruire est de lui démontrer qu'on est bête ou qu'on ne réfléchit pas assez.
Le meilleur sous-marinage est de faire tout le contraire de ce que l'hégémon a fait. Cela l'amène a trouver la démarché ridicule et surtout, non réfléchi. Imaginez un nouveau venu qui se met à faire tout ce que vous avez écarté depuis Trente ans, au lieu de venir vous voir avec votre expérience centenaire le guider. Comme minimum, vous allez vous moquer de lui. Et c'est ce qui est en train de se passer en ce moment avec l'aviation entre la Chine et l'occident.
La Chine a pratiqué une stratégie qui en Guerre Economique, en Occident, prend le nom de : “Contre‑modèle disruptif” !
C’est une stratégie où un acteur émergent reconstruit exactement ce que l’hégémon a détruit, ou fait l’inverse de ses choix structurels, pour créer une asymétrie impossible à rattraper.
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