Prof. Jean-Paul Pougala mes questions paraîtront banales, j'aimerais savoir, d'après vous, quelle idéologie doit revêtir un parti politique pour conduire nos états vers la libération. Nous devons juger la pertinence d'un projet de société sur quelle base (les politiques qui seront appliquées, les plans économiques pour le développement, l'organisation territoriale etc.) ?
Au Cameroun par exemple, nous sommes perdu face aux multiples partis politiques ; d'autres nous parlent de fédéralisme, de fédéralisme communautaire, de républicanisme, d'afro-socio-libéralisme, de décentralisation absolue et tout autres mots en «isme». Ils ne nous parlent même pas d'économie, on ne sait pas comment ils vont générer l'argent pour leurs projets de développement. Vous avez certainement donné des éléments de réponse à ces questions dans vos nombreux textes mais, malheureusement je ne l'ai pas encore tous lu.
-------------------
Voici la réponse que j'ai donnée sur Facebook à Samira hier lundi 31/08/2026 :
---------------------------------
Jean-Paul Pougala
·
Samira Khadidja, ton questionnement porte en lui la réponse du problème que tu poses. En réalité le développement d'un pays, n'est pas une théorie, n'est pas une idéologie, n'est pas une formule mathématique qu'il suffit d'appliquer et d'avoir le développement. L'africain a été éduqué à croire aux réponses simplistes, comme ta question, pour des problèmes en réalité très complexes. Non le miracle n'existe pas.
L'homme providentiel non plus. Je viens de publier un texte expliquant clairement pourquoi la Chine est le seul pays non occidental qui a pu tordre le cou à la spoliation du capitalisme occidental. Ce qui veut dire qu'elle a pris le temps de comprendre le problème et de décider d'engager les rapports de force nécessaire, avec les ressources humaines adéquates faites par des gens super-cultivés et super-compétents.
Deux figures que je ne vois pas en Afrique, encore moins au Cameroun. Quand j'aurai le temps, je vais écrire une leçon plus en détail en partant de ton questionnement. Donc, continue de me suivre. Je te citerai bien sûr
-------------------------
CE QUE JE PENSE
Les partis politiques africains ne parlent pas d’idéologie parce qu’ils ne savent pas ce que c’est. Ils parlent de slogans qui ne dérangent personne, pour séduire un peuple infantilisé. Parler d’économie réelle exige du courage, de la compétence, et une vision, trois choses que les élites africaines n’ont pas.
Crier “Je suis panafricaniste” ne menace aucun intérêt déterminant. C’est un slogan sans effet, puisqu'il ne change pas la structure productive, il ne modifie pas les rapports de force, il ne discipline aucune élite, il ne crée aucune usine, il ne forme aucun ingénieur.
C’est un totem identitaire, et non pas une politique.
De même que revendiquer des ancêtres dans l’Égypte antique ne menace aucun réseau de corruption, aucune multinationale, aucune rente. C’est un engagement politique sans coût qui évite toute confrontation avec l'oppresseur, donc sans courage.
Faire du bruit n’est pas une stratégie. Et l’indignation n’est pas une puissance. L’idéologie sans institutions est un théâtre est du cirque. L’Afrique confond la colère contre l'oppression et la spoliation, avec la puissance.
L’Afrique n’a pas d’idéologie parce qu’elle n’a pas d’intellectuels capables d’en produire une. Parler d’idéologie exige une capacité intellectuelle que les politiciens africains n’ont pas.
Une idéologie, au sens de Karl Marx, c’est une analyse de classe, une théorie de la production, une vision historique, une lecture des rapports de force, une colonne vertébrale intellectuelle.
Or les politiciens africains n’ont pas lu Marx, ils n’ont pas lu Engels, ils n’ont pas lu Gramsci, n’ont pas lu Samir Amin, n’ont pas lu Arrighi, n’ont pas lu Braudel. Ils n’ont aucune base théorique.
Donc ils ne peuvent pas produire une idéologie. A sa place, ils produisent des slogans, des incantations, des indignations perpétuelle et la mise en scène permanente de l'indignation.
Ils sont eux-mêmes issus de ce peuple africain infantilisé par la colonisation, puis abruti par les élites post‑coloniales.
LES PARTIS POLITIQUES AFRICAINS NE SAVENT PAS CE QUE C'EST QU'UNE IDEOLOGIE
Les partis politiques africains ne parlent pas d’idéologie, non pas parce qu’ils en auraient une mauvaise compréhension, mais parce qu’ils n’ont même pas la capacité intellectuelle minimale pour produire une idéologie.
Ils ne sont pas dans le registre de Marx, ni même dans celui de Lenine : ils sont dans le registre de l’animation de foule.
1) Parler d’idéologie exige une capacité intellectuelle que les partis africains n’ont pas
Une idéologie, au sens de Karl Marx, c’est une vision du monde, une analyse des classes sociales, une théorie de la production, une lecture des rapports de force, une projection historique.
Cela suppose avoir lu Marx, Engels, Lénine, Gramsci, cela suppose avoir compris la "dialectique", cela suppose avoir une culture économique, avoir une capacité d’abstraction.
Or, les politiciens africains n’ont jamais lu Marx. Ils n’ont pas lu non plus List, Gerschenkron, Chang Ha‑Joon, Samir Amin, Giovanni Arrighi, Braudel, Polanyi.
Ils n’ont aucune base théorique. Et donc, ils ne peuvent pas produire une idéologie. Ce qu’ils produisent, ce sont des mots creux, des slogans, des "ismes" purement décoratifs.
Lire le contenu
....
Dernières nouvelles