« Pour transformer les peuples primitifs de nos colonies, pour les rendre le plus possible dévoués à notre cause et utiles à nos entreprises, nous n'avons à notre disposition qu'un nombre très limités de moyens, et le moyen le plus sûr, c'est de prendre l'indigène dès l'enfance, d'obtenir de lui qu'il nous fréquente assidument et qu'il subisse nos habitudes intellectuelles et morales pendant plusieurs années ; en un mot de l'ouverture des écoles où son esprit se forme à nos intentions ». (Hardy 1912 : VIII) Dans le Rapport annuel de l'IFAN, pour l'année 1955 sous le code : ANF 2G55-3, le secrétaire Général de l'Institut Français d'Afrique Noire (IFAN), Théodore Monod que nous avons cité dans la leçon précédente comme le vrai patron de Cheikh Anta Diop, Hampaté Bâ, Camara Laye etc. écrit ceci : « Nous devons, pour intéresser le plus grand nombre à notre apostolat, en passant, nous pencher sur des problèmes humains dont nous devons faire le point pour l'économiste, le juriste ou l'administrateur qui, de plus en plus nous demandent conseil. Nous pouvons contribuer à connaître l'évolution de la coutume, celle de la vie tribale de l'Afrique noire, les changements sociaux qui s'y opèrent. Ainsi, il nous sera possible de participer à la préoccupation de ceux qui dirigent la société actuelle, de les intéresser à notre action, de les aider effectivement dans leur tâche, aussi lourde que délicate, quand à l'abri des passions sociales ou politiques, nous répartissons à la raison le langage impartial de nos études ». Voilà une partie de son rapport annuel de 1955. Mais à Paris, on découvre très vite que cette partie n'est pas de lui, encore moins d'un autre français. Les français et les africains n'ont pas le même style d'écriture de la langue française. Et ce, pour plusieurs raisons : L'anglais compte 500.000 mots alors que le français n'en compte que 150.000. La raison tient au fait que l'anglais est une langue avec un double vocabulaire français et allemand. Entre le Vème et le VIème siècle de notre ère, les peuples germaniques vont façonner toute l'Europe occidentale. Les Angles et les Saxons (venant de la Saxe allemande) vont s'installer sur la grande île en y imposant leur langue dite germanique. Et ce, jusqu'à la conquête de Guillaume de Normandie qui va commander l'île britannique de 1027 à 1087. Ils sont appelés Normands, parce que ce sont pour la plupart des Vikings qui viennent du Nord de l'Europe. En France, ils s'installent en Normandie (venant du Nord). Ils vont imposer le français à la cour britannique, ce qui va durer jusqu'à la renaissance au XVème siècle, lorsque les britanniques prennent le dessus et parlent une nouvelle langue, qui est un mélange de la langue allemande d'avant et le français d'après. Cela va s'appeler l'Anglais. Une langue 2 fois plus riche que le français parce que la plupart des mots de cette nouvelle langue se prononcent de deux manières différentes, une latine ou française et l'autre allemande. Par exemple, « Je bois de l'eau » se dit en anglais : « I drink water » et en allemand : « Ich trinke wasser ». Comme on peut bien le constater, l'anglais c'est un peu de l'allemand. La Maison se dit en anglais House et en allemand : Haus. Le chiffre 10 se dit en anglais : « Ten » et en allemand « Zehn ». Par contre, d'autres mots anglais se disent soit en français qu'en allemand. Comme par exemple : « ennemi » qui se dit en anglais : « ennemi » (comme en français), mais aussi « foe » (comme en allemand). Conséquence : le français comprenant 1/3 de mots en moins que l'anglais, lorsqu'un français écrit un livre en anglais, cela sautera aux yeux qu'il n'a pas été écrit par un anglais, parce qu'il va se limiter aux 1/3 de proximité linguistique utilisé par les enseignants d'anglais pour amener facilement les français à parler l'anglais. Il choisira volontiers et instinctivement le mot « ennemi » et non « foe » pour décrire un ennemi. De même, lorsqu'un allemand écrit un livre en anglais, ce livre ne peut pas avoir la même richesse du vocabulaire que celui écrit par un anglais, parce qu'il aura tendance à se limiter aux 1/3 des vocabulaires piochés dans la proximité linguistique entre les 2 langues, utilisés par les enseignants d'anglais aux allemands. Pour parler d'un « ennemi », il va plus instinctivement utiliser le mot « foe », plus proche de l'allemand que le mot « ennemi », lui plus proche du français. C'est exactement la même chose pour les Africains qui parlent les langues européennes. Lorsque le français n'est parlé qu'à l'école et non à la maison, l'enfant grandit avec une plus riche capacité d'expression qui mélange ce qu'il a appris du français à ce qu'il sait de sa langue africaine qui n'appartient pas à la même famille de langue que le français. Et pour cette raison, les structures de langage au niveau du vocabulaire et de la grammaire sont très différentes. La conséquence est que lorsqu'il écrit le français ou l'anglais, il se limite à l'essentiel pour se faire comprendre. De façon spontanée, il pense dans sa langue africaine et écrit ensuite sa traduction en français ou anglais. Voilà donc pourquoi le texte que Monod a inclus dans son rapport annuel de 1955, était évident qu'il avait été emprunté à un africain subalterne, ensuite identifié par la hiérarchie à Paris comme étant le directeur du centre IFAN de Niamey, un certain Boubou Hama qui l'avait écrit en conclusion dans son propre rapport annuel qu'il a envoyé à Monod.
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