Le renseignement économique est une fonction stratégique absente en Afrique Le renseignement économique n’est pas de l’espionnage classique. C’est une fonction d’État qui sert à analyser les flux d’importation et d’exportation ; il sert à surveiller les marchés mondiaux ; à anticiper les risques ; à identifier les opportunités ; et à informer les décideurs politiques avant qu’ils ne parlent publiquement. Dans les pays "normaux" comme la Chine, la France, les États-Unis, et l'Inde, cette fonction est assurée par des agences de renseignement économique ; des observatoires sectoriels ; des cellules de veille stratégique ; des instituts de statistiques ; et des services de prospective. En Afrique, cette fonction n’existe pas. Les ministres prennent des décisions sans données, sans analyses, sans cartographie des flux, sans étude de marché, sans intelligence logistique. Question : Comment l’absence de renseignement produit-il des décisions politiques absurdes comme dans notre exemple du jour au Cameroun et en RDC ? Réponse : Notre exemple du piment est parfait ! Les ministres ne savent pas ce que leurs pays importent. Ils ne savent pas que le Cameroun importe du piment sec chinois ; ils ne savent que la RDC importe du piment broyé chinois ; ils ne savent pas que les filières locales sont incapables de satisfaire la demande intérieure ; pire, ils ne savent que la Chine, premier producteur mondial de piment, est en surproduction chronique du piment ; ils ne savent pas que la Chine exporte déjà cette sur-production vers l’Afrique. Sans renseignement économique, un ministre peut croire : « Nous allons exporter du piment en Chine » alors que la réalité est : « Nous importons déjà du piment chinois. » Mais le pire n'est pas là. Ils ne savent pas ce que la Chine consomme. Les colonisateurs européens ont éduqué les Africains à ne pas les étudier, à ne pas s'intéresser à eux, à leurs modes de consommations. Ils croient donc en bonne foi que leurs pays exportent le café, le cacao, les ananas vers l'Europe, parce que c'est ce qu'ils peuvent produire de mieux et à l'Europe de s'en contenter. Ils ne savent donc pas que ce café, ce cacao ou cet ananas a été décidé par les colonisateurs européens et qu'ils n'ont fait que se contenter mécaniquement de continuer leur culture.   Et lorsque la Chine annonce que les Africains peuvent exporter vers son marché sans droit de douane, pour beaucoup de ministres africains, la Chine est une autre Europe, juste un peu plus à l'est. Ils ne voient aucune utilité de se demander ce que consomme la Chine.  Ils ignorent don que la Chine consomme des piments verts longs (Capsicum annuum), et non pas des piments antillais africains (Capsicum chinense), ils ignorent que les filières chinoises sont industrialisées, et que les volumes chinois sont 100 fois supérieurs aux volumes africains. Ils n'ont aucune idée de ce que la Chine produit et en quelle quantité. Ils ignorent donc que la région du Sichuan produit 7–9 millions de tonnes de piment par an ; que la région du Hunan produit 5–6 millions de tonnes de piment par an ; et que la Chine produit 35–45 millions de tonnes au total pour se classer premier producteur mondial de piment, très loin devant l'Inde et le Vietnam. Ils ne savent pas ce que leurs propres pays peuvent produire. Ils ignorent donc que  la RDC produit 36 000 tonnes de piment en 2025 ; mais annonce vouloir exporter vers la Chine, 180 000 tonnes ; ils ignorent que le Cameroun a des rendements de 1–3 t/ha, c'est-à-dire, 10 fois moins que la Chine ; ils ne savent pas que dans leurs pays, les filières sont artisanales ; et pour cela que les pertes post‑récolte dépassent 30 %.
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