POURQUOI L'ABSENCE DE PROTECTION FONCIERE CONDAMNE UNE MINORITE URBAINE ? Dans un espace urbain, la vente massive des terres n’est pas un fait anodin, c’est un mécanisme de disparition institutionnelle. Parce que la terre n’est pas seulement un actif économique. C’est un capital identitaire, c'est un capital politique, c'est un capital de reproduction sociale, et surtout, c'est un capital de souveraineté locale. Quand un groupe cède massivement ses terres à des acteurs extérieurs (Libanais, Chinois, élites politico-administratives, commerçants d'autres régions), il perd sa capacité de négociation, il perd son contrôle territorial, son pouvoir économique, sa continuité culturelle. C’est exactement ce que décrit un auteur que nous avons déjà étudié précédemment, James C. Scott qui dit :     « Les groupes qui perdent leur base territoriale perdent leur capacité à exister comme entités politiques. » James C. Scott est un anthropologue américain, né en 1936, aux États‑Unis. Il a enseigné toute sa carrière à Yale University, au Department of Political Science, où il a aussi dirigé le très influent Program in Agrarian Studies. Il est l’un des penseurs importants du XXème siècle sur l’État et ses techniques de contrôle, les sociétés paysannes, les formes de domination, les stratégies de résistance, et l’illisibilité sociale comme protection. Sn idée : “les groupes qui perdent leur base territoriale perdent leur capacité à exister comme entités politiques” apparaît dans plusieurs ouvrages, mais elle est formulée de manière la plus structurée dans "Seeing Like a State" publié en 1998. Scott y explique que "Pour exister politiquement, un groupe doit être lisible pour lui-même, mais illisible pour les acteurs qui veulent le contrôler. La perte du territoire détruit cette capacité." Par conséquent :  "Un groupe sans territoire perd sa cohésion, perd ses institutions, perd ses mécanismes de reproduction sociale, perd sa capacité de résistance, et devient administré par l’État ou absorbé par le marché." Le territoire = la base de la reproduction sociale Pour Scott, un groupe existe politiquement parce qu’il possède un espace, des institutions locales, des pratiques, des solidarités, des lieux de mémoire. Quand le territoire disparaît, les institutions disparaissent, les solidarités disparaissent, la mémoire disparaît, la cohésion disparaît. Le groupe cesse d’exister comme entité politique, même si les individus continuent d’exister biologiquement.
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