Marx et Lénine disent que la répartition mondiale du travail n’est jamais neutre !
Marx explique que le capitalisme organise le travail à l’échelle mondiale selon une logique d’accumulation.
Lénine ajoute que l’impérialisme intègre les colonisés dans la division mondiale du travail, non pas pour les développer, mais parce que leur force de travail est gratuite ou quasi gratuite.
Autrement dit, l’impérialisme n’invite pas les peuples colonisés et soumis à la table, il les place dans la cuisine et aux chiottes pour assurer son confort.
Ce qu'a fait la Chine le 1er mai 2026 avec l'ouverture de tout son marché aux produits africains sans droit de douane est une véritable rupture idéologique. Et comme nous le verrons plus loin dans cette leçon, le choix du 1er mai n’est pas un hasard.
Le message idéologique chinois est que le 1er mai est la fête du travail, mais surtout, c'est la célébration de la dignité du travailleur, la mémoire des humiliations du XIXe siècle, ce qui est un symbole du socialisme chinois, et un marqueur de la souveraineté industrielle.
En ouvrant son marché sans droits de douane, la Chine dit aux africains ceci :
“Nous reconfigurons la division internationale du travail. L’Afrique peut choisir une nouvelle place.”
Ce n’est pas un geste commercial. C’est un appel idéologique et géo-économique. Ce que la Chine attend par cet appel est une montée en gamme industrielle du continent africain. Ce qui veut dire que la Chine n’attend pas : cacao, café, coton, piment, artisanat non normé. Ces produits sont les résidus du système colonial, où l’Afrique fournit la matière brute, l’Occident transforme, et le monde consomme.
La Chine veut mettre fin à ce modèle, car c’est le modèle qui l’a humiliée pendant un siècle. Ce que la Chine veut réellement c'est importer d'Afrique des composants industriels comme les cathodes, les anodes, les séparateurs de batteries, les électrolytes, les aimants permanents, les bobinages cuivre, les cadres aluminium pour panneaux solaires, le verre solaire, les films encapsulants EVA/POE, les boîtes de jonction, les câbles HV, les silicium/quartz de haute pureté.
Ce sont tous des composants industriels que l’Afrique peut produire si elle se structure. Et la demande des dirigeants intelligents n'est pas de courir proposer le piment, mais de demander l'aide de la Chine pour mettre sur pieds tout ce qui va lui permettre de choisir une nouvelle place à table pour le continent africain.
Malheureusement, ce que répond l’Afrique est une reproduction du modèle colonial. L’Afrique ne répond pas avec une stratégie industrielle qu'attendait la Chine. Mais elle répond avec le cacao, le café, le piment, le poivre, l'artisanat.
Ce sont les produits imposés par la division coloniale du travail. Ce que cela signifie idéologiquement est que lorsque la Chine dit : “Choisissez votre place dans la nouvelle division mondiale du travail.” Et que les États africains répondent :
“Nous proposons les produits coloniaux.”
Ils ne choisissent pas une place à table. Ils reconduisent la place qui leur a été imposée. Ce n’est pas une question de dignité ou de valeur humaine. C’est une question d'absence totale de vision et de profondeur idéologique des dirigeants africains.
Il me plait de commencer cette leçon avec une série de points incontournables à maîtriser.
Règle n° 1 :
En relation internationale, lorsqu'un pays fait vers un autre ou vers d'autres, un geste d'amitié, de fraternité et d'amour, en lui proposant l'ouverture totale de son marché sans droit de douane, on parle de geste institutionnelle qui nécessite une réponse institutionnelle et non commerciale. Je t'ouvre mon marché et toi tu m'offres quoi en échange ? Si je ne te demande pas la réciprocité, la dignité suggère de trouver tout ce qu'on veut pour montrer qu'on est un pays sérieux, avec une leadership intelligente qui a le cerveau de comprendre l'intitulé du devoir, de la composition, du test, avant de se lancer à répondre, à résoudre. Les dirigeants Africains ont la fâcheuse habitude de se mettre à résoudre des thème sans avoir pris le temps de les lire et les comprendre. Ce qui fait d'eux des parfaits parias sur la scène mondiale.
Règle n° 2 :
La Chine n’achète pas des produits sans traçabilité stricte. C'est en tout cas ce qui nous est exigé dans le café. Lorsque nous annonçons à la douane chinoise que le café a été cultivé à 1600 mètres d'altitude, la loi chinoise exige désormais que nous fournissions à la douane les cordonnées Beidou de la plantation d'où a été récolté chaque lot de café. Ce qui permet en temps réel, de regarder l'image en direct de notre plantation de café d'où est sortie la récolte que nous présentons à la douane chinoise. Quand la RDC annonce 180.000 tonnes de piments alors qu'elle n'en produit que 36.000 tonnes en 2025, le ministre croit qu'il est malin et qu'il pourra faire comme au Cameroun qui importe le poivre vietnamien et chinois qu'on labélise "Poivre de Penja", d'importer le piment indien, le labéliser comme Made in Congo et le re-exporter vers la Chine. C'est quand la douane chinoise donnera la première facture pour les frais de destruction de la première cargaison du faux poivre camerounais et du faux piment congolais que beaucoup de somnambules africains vont se réveiller de leur ronflement.
Règle n° 3 :
Tout étudiant de première année d'Economie Politique sait que pour aller à la conquête d'un marché à l'internationale, lorsqu'on ne dispose pas d'un grand budget marketing et qu'on ne dispose d'aucun levier pour habituer la nouvelle cible à consommer des produits qu'il ne consomme pas d'habitude, il faut procéder en se concentrant sur la demande et non sur l'offre. C'est à cela que servent les service de renseignement. Ce qui compte n'est pas ce qu'un pays africain produit déjà, mais ce que les chinois consomment. C'est naïf de vouloir livrer du cacao à un peuple qui ne mange pas sucré ou d'espérer y imposer du café espresso, à un peuple qui ne boit rien d'amer.
Règle n° 4 :
Il ne faut surtout pas commettre l’erreur africaine de croire que l’artisanat chinois = artisanat africain. L’artisanat chinois est un secteur industriel, et non pas un bricolage domestique comme en Afrique. Il est structuré, enseigné au collège, au lycée, il est normé, et professionnalisé.
Le ministre camerounais du commerce à la sortie de son audience avec l'ambassadeur de Chine à Yaoundé, a établie la liste que je juge fantaisiste de 9 filières de produits à exporter vers la Chine, dont les produits de l'artisanat. Il y a des choses que le politicien camerounais ignore de la Chine et que l'Ambassadeur a certainement eu honte de lui expliquer et que je rappelle ici :
En Chine, l’artisanat = industrie culturelle enseigné dans les écoles professionnelles, intégré dans les universités d’art, soutenu par des laboratoires de matériaux, entièrement financé par des fonds publics, protégé par des normes de qualité, et exporté comme un produit de luxe, puisque fait en partie à la main et à l'unité. La porcelaine chinoise, la soie, la sculpture sur jade, la calligraphie, la laque etc… Ce sont des filières industrielles, avec des standards extrêmement élevés.
En Afrique, l’artisanat = secteur non structuré. Ce n’est pas une question de culture ou de peuple. C’est une question d’absence de politique publique : pas d’écoles professionnelles dédiées, pas de normes de qualité, pas de laboratoires de matériaux, pas de certification, pas de design industriel, pas de filières organisées.
Résultat des courses : L’Afrique ne peut pas exporter de l’artisanat vers la Chine, non pas parce que “les masques sont laids”, mais parce que le produit n’est pas normé, il n'est pas industrialisé, il n'est pas certifié.
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