Préférez-vous du café italien avec extraction par pression ou du café chinois infusé ?
C'est la question que nous avons posé à tous les visiteurs de ces trois jours de cérémonie qui prend fin ce dimanche 19 juillet 2026.
Nous sommes au coeur de l’un des contrastes culturels les plus fascinants entre mes deux pays d'adoption, l’Italie et la Chine dans la construction d’une “culture du café”.
Lorsque je présentais la marque Café Pougala ici en Chine pour la première fois en 1999 en provenance d'Italie, je débarquais avec la logique italienne de pression, de force, de créma, incarnée par la Moka ou l’espresso.
J'ai mis du temps avant de comprendre que je me suis trompé. Non, la Chine n'a pas adopté le café italien que je lui proposais, mais elle a transposé au café son propre héritage millénaire du thé, fondé sur l’infusion, la délicatesse aromatique, la légèreté, la dégustation sans sucre, et la recherche d’un goût pur, non masqué.
Ce choix n’est pas technique, il est juste civilisationnel.
Pour le colonisé camerounais que je suis, né et grandi dans les plantations de café à l'Ouest du Cameroun, la seule préparation du café que je connaissais était celle italienne, était la Moka que l'Italie avait imposée au monde.
L’espresso (1901) et la Moka (1933) sont devenus des produits de la modernité industrielle européenne avec extraction par pression, goût corsé, café fort, consommation rapide, sociabilité urbaine (bar, comptoir, pause courte). Et moi j'étais l'ambassadeur d'un tel modèle.
Ce que je ne comprenais pas à l'époque était que l’Italie avait exporté un système culturel complet :
le café comme rituel social énergisant, rapide, intense, presque mécanique.
Il était à ce titre absurde de proposer à un peuple avec une civilisation pluri-milénaire qui a développé à la place, plutôt une méthode de préparation à infusion. C'est d'ailleurs ce qui explique pourquoi la Chine n’a jamais eu une culture du café traditionnelle.
Le temps a fait son travail. Le gouvernement chinois y a mis sa signature. Et la Chine a donc réinterprété le café à travers son propre prisme culturel : celui du thé.
L'Héritage du thé chinois c'est la culture d'infusion douce, d'extraction lente, du respect du végétal, de la recherche de subtilité, de la dégustation sans sucre, et de la valorisation de l’arôme naturel.
Le café, introduit donc ici tardivement, a été sinisé : la Chine l’a traité comme une feuille, et non comme une graine à “dompter”.
La technique chinoise d’infusion, un autre rapport au café a fait tout le reste. Les passionnés chinois du café ont inventé le café à la chinoise avec une technique d'infusion qui repose sur une torréfaction légère, une mouture plus grossière, une infusion à température contrôlée, une extraction aromatique, non agressive, et une dégustation pure, sans sucre ni lait.
Cette méthode révèle les notes florales, les notes fruitées du café, les notes de terroir, chaque terroir présentant une particularité dans l'arome de chaque produit qui y est cultivé. Cette methode révèle enfin la minéralité des cafés de montagne.
Elle est parfaitement adaptée à un café comme Café Pougala, dont l’altitude (1600 m) et la torréfaction artisanale produisent une richesse aromatique que la pression italienne écrasait auparavant.
Le café “à la chinoise” : une vraie philosophie
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