LA THEORIE DE SURVIE DES SMALL STATES (la théorie de survie des petits états)
David Vital était un politologue britannique, né en 1928 et mort en 1994, spécialiste des relations internationales, connu pour ses travaux sur la vulnérabilité des petits États, sur l’asymétrie de puissance, sur les limites de la souveraineté formelle, et sur la dépendance structurelle dans le système international.
Il est l’un des fondateurs de ce qu’on appelle aujourd’hui la théorie des Small States.
David Vital appartient à la génération d’après-guerre qui a vu l’effondrement des empires européens et la montée du système bipolaire Etats-Unis vs Union Soviétique. Ce contexte a façonné toute sa pensée : comment les États faibles survivent dans un monde dominé par des superpuissances.
David Vital a enseigné et mené ses recherches principalement au St Antony’s College, Oxford, un centre majeur d’études internationales. St Antony’s est connu pour ses travaux sur la géopolitique, pour ses analyses du système international, et surtout, pour ses recherches sur les États faibles, et ses études sur les relations Nord–Sud.
Vital y a été une figure importante dans les années 1960–1980. C'est durant cette période qu'il écrit un livre utilisé dans les facultés de science politique du monde entier pour enseigner comment doivent procéder les petits états pour survivre aux grandes puissances surtout menaçantes.
Ce livre s'intitule : "The Inequality of States" publié en 1967. C’est un ouvrage fondateur, qui pose trois idées majeures :
1) Les États ne sont pas égaux, malgré le droit international.
Vital montre que l’égalité juridique des États est une fiction. La puissance réelle des Nations dépend de la capacité militaire, de la capacité économique, de la capacité administrative, et de la capacité diplomatique. Les États faibles sont structurellement désavantagés.
2) Le danger principal des petites nations est la “fausse souveraineté”
Vital explique que les États faibles sont tentés d'imiter les comportements des grandes puissances, d'adopter des postures de défi, et de proclamer des mesures symboliques, ou d'afficher une souveraineté qu’ils ne peuvent pas exercer.
Mais en réalité, ces gestes sont non soutenables, et donc auto‑humiliants. C’est ce qu’il appelle l’auto‑exposition de faiblesse.
3) L’auto‑exposition de faiblesse !
Vital définit ce concept ainsi : Un État faible se révèle comme faible non pas quand il est dominé, mais quand il tente d’agir comme un État fort sans en avoir les moyens. Autrement dit, la faiblesse n’est pas dans la domination subie, mais, elle est dans la réaction inadaptée, elle est dans la posture qu’on adopte, mais qu'on ne peut pas soutenir longtemps, elle est dans les exceptions obligées, elle est dans la contradiction entre le discours et la capacité.
Ce concept correspond exactement à ce que le Mali et le Burkina Faso ont fait face à la décision des Etats-Unis de limiter les visas d'entrée à leurs citoyens.
Dans cette situation particulière, le Mali et le Burkina Faso sont du Vital pur :
Posture de défi → incapacité à soutenir → exceptions obligées → contradiction visible → humiliation involontaire →
auto‑exposition de faiblesse.
LES ERREURS DES DIRIGEANTS AFRICAINS QUI AGISSENT SANS CONNAITRE LES REGLES
Le Mali et le Burkina Faso applique une réciprocité formelle, mais sans effet stratégique !
Les communiqués maliens et burkinabè affirment appliquer « les mêmes conditions » que celles imposées par Washington, en invoquant la souveraineté et l’égalité des États . Mais cette égalité n'est que théorique. Les États-Unis ont suspendu l’entrée de ressortissants maliens et burkinabè pour des motifs de sécurité nationale (déficits de contrôle, terrorisme, absence de coopération en matière de réadmission) .
En retour, Bamako et Ouagadougou ont interdit l’entrée des Américains pour « préserver leur dignité » et afficher une posture de résistance.
Or, dans le système international, la dignité n’est pas un instrument de puissance. Washington n’a rien à perdre, Bamako et Ouagadougou beaucoup. C'est l’asymétrie de base qui partage ces deux groupes. Les deux pays africains doivent négocier avec le FMI et la Banque mondiale, deux institutions dont les sièges sont à Washington et dont les missions en Afrique sont menées par des cadres américains.
Si les États-Unis interdisent l’entrée aux Maliens et Burkinabè, cela n’empêche pas les missions du FMI/BM d’opérer. Or si le Mali et le Burkina interdisent l’entrée aux Américains, cela empêche le FMI et la Banque Mondiale de fonctionner dans ces pays. Ils devront eux-mêmes créer des exceptions pour les cadres de ces institutions, ce que le Mali a déjà commencé à faire (exceptions pour diplomates, athlètes, résidents, etc.) .
Autrement dit, la réciprocité tant vantée est déjà perforée par la réalité. Ces exceptions constituent la vulnérabilité révélée par l’action elle-même. C’est l’un des concepts les plus puissants pour comprendre les erreurs diplomatiques des États faibles.
Les pays européens n’aiment pas la politique étrangère américaine actuelle, mais ils ne s’y opposent pas frontalement.
Pourquoi ? Parce que contrairement à certains dirigeants africains, ils savent que le rapport de force est écrasant. Une confrontation directe avec les Etats-Unis, ne produirait que des pertes. La seule stratégie viable est la gestion, la patience, la négociation, et parfois l’humiliation silencieuse subie.
Certains pays de l’OTAN souhaitant en privé une victoire iranienne pour « venger » l’humiliation, illustre parfaitement ce mécanisme : la puissance impose la retenue, même quand elle suscite le ressentiment.
L’erreur stratégique du Mali et du Burkina est de confondre geste symbolique et levier de puissance. Les dirigeants africains réagissent souvent de manière émotionnelle, en croyant que la réciprocité est un acte de souveraineté. Ils ne savent pas que la souveraineté n’est pas un geste, mais une capacité.
Or, dans ce cas, ils n’ont pas la capacité de rendre la mesure coûteuse pour Washington. Ils n’ont pas la capacité de s’en tenir à la réciprocité sans créer des exceptions. Ils n’ont pas la capacité de supporter les conséquences diplomatiques, financières et administratives. La réciprocité devient donc un simple totem, un symbole, et non pas une stratégie, encore moins une dynamique.
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