Une “académie technologique” ne crée pas une élite industrielle, si elle n’est pas intégrée dans ce qui manque depuis le début aux pays de l'AES pour donner une sens à leur révolution : une vision idéologique, une conscience de classe, et une stratégie d’État.
L’erreur conceptuelle des dirigeants du Burkina Faso à travers cette décision est de confondre "ingénieurs" et "élite industrielle".
Un ingénieur est un technicien supérieur, alors qu'une élite industrielle est une classe dirigeante de la production, c’est‑à‑dire un groupe qui comprend la lutte des classes dans l’économie mondiale, un groupe qui sait organiser un État autour de la production, un groupe qui maîtrise les chaînes de valeur, les régimes de propriété, les rapports capital‑travail, un groupe qui possède une vision historique de la place de son pays dans le système‑monde.
Dit en d'autres mots, l’élite industrielle est un acteur politique, et non pas un diplômé.
Ce qui manque au continent africain, n’est pas la formation technique, car cette dernière ne suffit pas. Elle ne produit pas une classe consciente d’elle‑même, capable de se battre dans le concert des nations.
Le problème des intellectuels africains est la croyance messianique dans la “solution miracle”. Les dirigeants africains ont une vision messianique du développement.
Ils croient en bonne foi que créer une école, lancer une ZES, signer un partenariat, signer un projet minier, créer un jumelage avec une université célèbre ou une ville prestigieuse, importer un modèle étranger, va automatiquement produire les résultats.
C’est une pensée magique, mais pas une pensée stratégique. Malheureusement, c'est de la pensée stratégique que l'Afrique a besoin et non de la pensée magique.
Cette croyance erronée des dirigeants de la pensée magique, repose sur l’idée que le développement est un outil qu’on achète, et non pas un rapport de force qu’on construit. Cette vision est naïve parce qu’elle ignore la politique industrielle comme lutte de classes ; la nécessité d’une bourgeoisie productive ; la construction d’un État stratège ; et surtout, la formation d’une élite africaine super‑cultivée, capable de penser la complexité.
Les dirigeants africains ne savent pas qu'une élite du XXIᵉ siècle doit être polycompétente, capable de naviguer entre idéologie, économie, géopolitique, technique, sociologie, histoire.
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