On ne peut pas changer de modèle économique d'un pays, sans ceux qui savent en construire un : sans les ingénieurs industriels, les économistes mathématiciens, les planificateurs. Le droit régule le modèle existe, il ne crée pas un nouveau modèle. Or le problème de l'Afrique est que le modèle existant est perdant pour le continent africain. Le problème de l'Afrique est sa place non enviable dans le système.  Et donc son problème n'est pas celui de réguler un modèle destructeurs qui entretient la pauvreté, mais de changer de modèle et ce n'est pas une fonction attribuable au droit. Le droit ne peut que réguler un modèle existant ; il ne peut pas en créer un nouveau.  Or ce qui manque à l’Afrique n’est pas une meilleure régulation, mais un autre modèle, une autre place dans la division internationale du travail, une autre structure productive. Dans son nouveau livre intitulé "Out of Africa" publié aux éditions Mareil à Paris, Peer de Jong coauteur affirme :  "L'Afrique est le seul continent où on pratique la politique de la tape dans le dos, du tutoiement permanent. Mais de quel droit explique-t-on aux Africains comment gérer leurs pays ? Ils sont indépendants et souverains, on n'a pa à les coacher".   Lorsque mercredi le 10 juin 2015, Taubira, ministre de François Hollande pour la justice se rend en Afrique, à Abidjan pour encourager l'adoption de OHADA, j'ai pensé que c'était malvenu. Elle déclare alors ceci : "Je tiendrai plusieurs réunions bilatérales avec d’autres ministres de la justice et bien sûr je circulerai, je rencontrerai des personnes qui font vivre la justice au quotidien, aussi bien dans le domaine judiciaire que directement, la justice civile, la justice pénale mais également la protection judiciaire de la jeunesse et des questions pénitentiaires". ------------------ Source : https://news.abidjan.net/articles/554885/index Et c'est parce que la France a pesé de tout son poids qu'on a cru en bonne foi que réguler un système était équivalent de remplacer ce système. Ce qui était faux naturellement. Ces deux faits, Peer de Jong dans "Out of Africa" et la visite de Christiane Taubira à Abidjan pour promouvoir l’OHADA, illustrent parfaitement la confusion structurelle entre “réguler un modèle” et “changer de modèle”. C’est une confusion que la France a entretenue, parfois volontairement, parfois par inertie intellectuelle, et que les élites africaines ont acceptée, souvent par manque de culture économique et stratégique.
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