C'est depuis la classe de 5eme au Collège d'Enseignement Secondaire (qui deviendra le Lycée de Bafang plus tard) que je devais certainement être le seul élève dans tout Bafang, si jeune à 14 ans, à tenir un journal intime tous les soirs. L'idée du journal intime m'était venue d'une journaliste de Radio France internationale appelé Colette Berthoud à qui j'avais écrit une virulente lettre pour protester contre des propos tenus par elle à l'antenne contre l'Afrique durant son émission dédiée à l'Afrique. Mais en retour de mon courrier virulent, comme nous étions en janvier, madame Berthoud m'avait envoyé dans sa réponse, 2 pièces jointes : sa photo et un Agenda annuel de la radio qui l'employait : RFI. Avec les pages vides et les dates du calendrier, j'ai compris que je devais les remplir. En mal d'amitié avec les autres camarades qui ne me comprenaient pas, j'étais devenu avec le temps un être solitaire renfermé sur moi-même, mais qui, comme tout être humain, avait besoin de parler à quelqu'un de confiance. Et ce quelqu'un de confiance, je l'avais trouvée dans tout mon entourage qu'en moi-même. Je vivais au milieu d'une foule de gens, de familiers, de voisins et de camarades du collège, mais j'étais aussi conscient du fait que personne d'eux n'avait ni mon type de problème, ni mon temps et donc, personne ne pouvait se mettre à ma place pour comprendre le drame existentiel qui m'accablait dans mon adolescence meurtrie, de désert humain. Tous les soirs, je prenais entre 10 à 30 minutes pour parler à moi-même et rendre compte par écrit de mes sentiments pour la journée. La vie était très dure et je ne voyais toujours pas comment ma situation se serait améliorée.
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