J'ai passé des années à me demander comment mon pays le Cameroun a fait le choix de confisquer mes machines au port de Douala en 1993 en me refusant une exonération douanière accordée à tous les étudiants qui ont fini leurs études et confirmée par l'Ambassade du Cameroun à l'Office des Migration International (OMI) de Rome, l'organisme des Nations Unies qui avait accepté de financer une bonne partie des équipements industriels avec lesquels j'allais démarrer ma première usine dans mon pays le Cameroun. J'ai mis des années avant de comprendre que le gouvernement du président Paul Biya à travers son ministre des finances, n'était en rien irrationnel dans cette décision de confisquer mes machines et de les vendre aux enchères. J'ai fini par comprendre que le Cameroun, comme toute l'Afrique a fait le choix d'un capitalisme rentier, extractif, tout le contraire du capitalisme productif que j'espérais développer au Cameroun. De quoi s'agit-il ? C'est mobilisateur d'accuser l'Europe de tous nos problèmes. C'est stimulant de dire que toute notre pauvreté vient du Franc CFA ou de toutes les méchancetés possible venant des européens qui ne nous aiment pas. Et puis, lorsqu'on décide de faire moins le con, on est très vite rattrapé par la réalité. Lorsque j'étais étudiant en économie à l'Université de Perugia, j'a fait le choix pour ma fin de formation de soutenir une thèse dont le titre initial était aussi lapidaire que court : "Pourquoi l'Afrique est pauvre ?". Il m'a suffi pour cela de passer trois mois de recherches au Cameroun à l'Uccao une coopérative agricole publique à Bafoussam et à l'ONCPC, l'organisation de régulation des prix des principaux produits d'exportation, café, cacao pour me convaincre que mon titre devait être changé en : "Comment les Africains appauvrissent l'Afrique". Jeune étudiant fougueux qui voulais sauvé son pays de la main mise des méchants français, mon stage à l'ONCP s'est terminé en queue de poisson, de façon anticipée avec un passage par la case police, où j'étais accusé d'être un espion à la solde de l'Italie. J'étais venu dans mon pays le Cameroun avec l'objectif de découvrir comment en manipulant les cours mondiaux du café et du cacao, les pays occidentaux appauvrissaient le Cameroun, comme récitait la rethorique officielle avec une expression totem que chaque chef d'état camerounais, Ahijo d'abord et Biya ensuite devait utiliser pour meubler chaque discours : "la détérioration des termes de l'échange". Eh bien tout cela était juste faux. Et ma déception était telle que je n'avais pas le courage de dire la vérité à mon professeur encadreur avec qui j'avais concordé le titre de la thèse. Ce que je découvrais jour après jour, sur le terrain, avec les chiffres à l'appui de la douane camerounaise contredisait toute ma narration introductive initiale écrite en Italie avant de revenir au Cameroun. Comme je l'ai déjà raconté dans mon livre auto-biograpbique en italien "in fuga dalle tenebre" (en fuyant les ténébrès), l’Afrique n’est pas pauvre à cause des méchants blancs racistes qui ne nous aiment pas, mais à cause d'un excès de capitalistes rentiers protégés par un État fiscalement extractif et économiquement improductif.