La troisième et dernière journée de la formation des Nouveaux Industriels Africains de la Pougala Academy est dédiée à la purification et la potabilisation de l'eau, mais l'accès est surtout mis à son transport et à sa distribution, touchant le maillon faible des administrations publiques africaines, qui traitent l'électricité comme un problème critique, la production de l'eau comme critique, mais oublient l'essentiel : le transport de l'eau potable jusqu'à l'utilisateur final.
Et c'est là que les diplômés de la Pougala Academy interviennent depuis une dizaine d'années pour apporter des correctifs aux administrations africaines.
De quoi s'agit-il ?
En Afrique, la crise de l’eau potable n’est pas principalement une question de traitement (beaucoup de pays savent purifier l’eau), mais une question de transport, de distribution et d'intégrité du réseau. C’est exactement là que se situe selon moi, la faiblesse systémique du problème d'eau potable en Afrique.
Question :
Pourquoi le transport est le maillon faible du problème de l'eau en Afrique ?
Réponse :
Le vrai problème de l'eau en Afrique n'est pas sa potabilisation, mais son réseau de distribution défaillant.
La plupart des capitales africaines ont des stations de traitement capables de produire de l’eau potable.
Mais entre la station et le robinet, il y a des tuyaux vétustes, souvent posés dans les années 1960–1980, et jamais remplacés. On a ainsi des fuites massives (jusqu’à 40–60 % de l’eau produite perdue dans le sol), des raccordements pirates qui cassent la pression, des pompes insuffisantes ou mal entretenues, des réservoirs surélevés trop petits pour stabiliser la pression, et pire, des tuyaux en acier rouillé qui relarguent des contaminants qui changent souvent la couleur de l'eau qui sort du robinet.
Résultat des courses : même si l’eau sort potable de l’usine de potabilisation, elle arrive contaminée chez l’usager.
Mais ce n'est pas tout.
Il y a en plus, les mécanismes techniques qui détruisent la pression et contaminent l’eau,
a) Perte de pression
Ce que beaucoup de personnes ne savent pas, c'est que lorsqu'en Afrique, c'est fréquent d'avoir la pression de l'eau qui chute dans un réseau, il y a deux phénomènes qui vont immédiatement se présenter : l'intrusion d’eaux sales dans le réseau. Ceci arrive parce que si un tuyau fuit, l’eau extérieure (souvent polluée) entre dans le réseau au lieu d’en sortir. Le deuxième phénomène est la stagnation. Quand il y a une baisse de pression et que l’eau reste immobile dans les tuyaux, ceci va mathématiquement favoriser les bactéries et les biofilms.
Dans un réseau moderne, la pression est maintenue entre 3 et 6 bars. Malheureusement, dans beaucoup de villes africaines, elle tombe à 0,5 bar, voire à zéro pendant des heures. Ce qui veut dire l'eau reste stagnante, favorisant le développement des bactéries. Au final, du robinet en Afrique, sort le plus souvent une eau qui empoisonne.
b) Corrosion et contamination
Beaucoup de fonctionnaires africains chargés de la potabilisation et de la distribution de l'eau dans les villes savent juste une chose : poser une seule question, combien coûte un tuyau. Ce qu'ils ne savent pas est que les tuyaux en acier doivent être obligatoirement galvanisés, c'est pour éviter qu'ils rouillent.
La rouille va relarguer du fer, du manganèse, des particules, ce qui crée des microfissures, favorise la croissance bactérienne et rend l’eau turbide et impropre à la consommation humaine et même animale.
c) Raccordements pirates
En Afrique, les administrations mettent en avant les pertes économiques des branchement illégaux. Ce qu'ils ne savent pas est qu'il y a plus grave, c'est que lorsqu'on perce le tuyau, pour un raccordement clandestin, cela fait chuter la pression de l'eau, comme nous l'avons déjà vu, plus haut, la chute de la pression dans les tuyaux introduit des contaminants, en plus d'empêcher toute cartographie fiable du réseau. Dans certaines villes en Afrique, 20 à 30 % des connexions sont non déclarées.
d) Absence de sectorisation
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