Dans le monde, il existe deux modèles d'école de reproduction des élites : un modèle occidental, historiquement aristocratique ou bourgeois, et un modèle chinois, technocratique et étatique. Ces deux modèles produisent des élites très différentes et surtout, ils ne sont pas perméables l’un à l’autre.
Les élites occidentales et chinoises se reproduisent selon des logiques différentes, l’une aristocratique, l’autre technocratique, mais elles partagent un point commun : elles reposent sur des pipelines éducatifs et sociaux fermés, dans lesquels les élites étrangères ne peuvent pas s’intégrer, faute de capital social, symbolique ou institutionnel local.
Par exemple, les élites chinoises sont formées dès l'âge de 6 ans pour être alignées sur les valeurs de l’État chinois, intégrées dans les réseaux du Parti Communiste Chinois, socialisées dès l’enfance. Un étranger ne peut pas être intégré dans ce processus. Les élites occidentales se socialisent dès la maternelle, les écoles primaires d’élite, les clubs privés et les internats. Quand un enfant d'un dirigeant africains arrive à 18 ans dans une université prestigieuse en Occident, c’est arriver trop tard. Les affinités se sont déjà construites.
L’école n’est jamais neutre. Elle est un instrument de pouvoir, de distinction et de reproduction sociale. C'est pour cela que chacun construit chez lui son école des élites et non envoyer ses enfants ailleurs vivre la solitude
Toutes les sociétés qui prennent leur avenir au sérieux construisent leurs propres institutions éducatives d’élite, parce qu’elles savent que l’école n’est jamais un simple lieu d’apprentissage. C’est un espace où se fabrique une classe dirigeante, une culture commune, une vision du monde, et surtout un réseau.
L’école comme instrument de pouvoir
Aucune nation qui se pense comme puissance ne délègue la formation de ses élites à d’autres.
Les colonisés africains, singent les maîtres européens pour copier ce qu'ils pensent avoir vu, avec un résultat catastrophique. Je viens de l'Ouest du Cameroun, une région avec des villages proches de Bafang comme Bana, qui se vante pour être le village camerounais avec le plus grand nombre de somptueuses villas et des chateaux avec des dizaines de chambres. Avec l'avènement des drones, la mode est aujourd'hui à montrer toutes ces beautés vues d'en haut. Mais ce qui manque, c'est l'école.
A quoi cela sert-il d'avoir la plus belle et somptueuse villa s'il n'y a aucune école d'excellence dans la région ? C'est la preuve qu'on a voulu copier les européens, sans comprendre que le château en Europe vient toujours après l'école d'élite et non avant, parce que le plus important n'est pas la bâtisse, mais la pérennité des activités qui ont permis la construction. Et cette pérennité ne peut être garantie que par une école qui enseigne les codes de cette classe sociale qui voit ce que le bas peuple ne voit pas et qui ose investir sur des opportunités sur lesquelles personne ne voudrait parier.
Les “écoles d’élite” ne commencent pas à l’université. Elles commencent à 4, 5, 6 ans, parfois même plus tôt, et elles ont été créées avant les châteaux en Europe, précisément pour transmettre, protéger et perpétuer une classe sociale.
En Grande‑Bretagne, par exemple, ce système existe depuis plus de cinq siècles. C’est l’un des systèmes de reproduction des élites les plus anciens et les plus cohérents du monde.
Les “public schools” britanniques sont des institutions de reproduction sociale. Les écoles comme Eton, Harrow, Winchester, Rugby, Westminster ne sont pas des écoles “prestigieuses” au sens moderne. Ce sont des institutions de classe, créées pour former les fils de l’aristocratie, transmettre les valeurs de la noblesse, créer des réseaux d’alliance, préparer les futurs dirigeants de l’Empire Britannique, et surtout, pour maintenir la cohésion d’une élite très fermée.
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