A 18 ans, j'étais obsédé de trouver une solution pour fabriquer au Cameroun, les papiers photographiques que nous utilisions pour développer les photos en noir et blanc dans notre petit laboratoire photo du lycée.
Pour y parvenir, je devais mettre toutes les chances de mon côté, à commencer par la nécessité de gagner l'élection au poste du Président du Club Photo-Ciné du Lycée Technique de Douala Koumassi.
Devenir le président aurait signifié pour moi, d'avoir la disponibilité sans limite de l'utilisation du laboratoire photo, avec tous les appareils photos. Mais aussi, de disposer d'une voiture et du chauffeur du lycée pour m'accompagner au Centre Culturel Français et au Centre Culturel Américain de Douala pour emprunter les films à projeter aux élèves du lycée tous les mercredis soirs, puisque Jeudi appelé à l'époque le Jeudi des Jeunes, il n'y avait pas de cours au lycée.
Pour gagner chaque année cette élection, j’avais alors très vite compris que si on veut séduire les gens, et obtenir leur adhésion ou les amener à volontairement faire ce que nous voulons, il fallait accumuler avec eux, un certain capital de sympathie.
Ce qui s’obtient avec un comportement de très grande humilité et une grande simplicité tout en démontrant une très forte compétence dans ce qu’on prétend connaitre pour mériter leur adhésion.
C'était des petits détails que mes concurrents ne semblaient pas maitriser.
Le jour du vote, au début de chaque année scolaire, je me présentais en sandale, dans une tenue des plus simples.
Cela avait le mérite de susciter dans un premier temps, un rejet psychologique des votants par rapport à mon habillement, mais en revanche ce rejet avait un revers de la médaille : une plus forte attention aux propos qu'une personne aussi mal habillée pouvait bien tenir pour cette campagne d'à peine 10 minutes où je mettais l’accent sur mon désir de rendre le Cameroun producteur des consommables photographiques, mais aussi, de mon expérience du terrain durant l’année écoulée. Expérience que les autres candidats ne pouvaient pas vanter.
De ma position du président, j’avais l’avantage de disposer plus facilement des appareils photos professionnels du lycée et de son laboratoire de tirage. Les deux chambres froides pour les produits chimiques du club Photo servaient aussi pour stoker mes propres produits chimiques servant à mes expériences et mon eau glacée dans une ville comme Douala, trop chaude pour quelqu'un venant des montagnes de Bafang, à l'Ouest Cameroun.
C'est comme cela que j'ai réussi à me faire élire et me maintenir Président du Club Photo-Ciné pendant toutes les 4 années que j'ai passées au Lycée.
Je disposais d'un budget pour l'achat des consommables pour faire fonctionner mon club.
Et la dépense la plus importante était faite du papier photographique que j'allais acheter, accompagné du chauffeur du lycée dans un magasin français de Douala, dénommé : "Compagnie Soudanaise".
Le mot "Soudan" vient du "Soudan français" ce vieux rêve colonial de la France de posséder en Afrique son Soudan à défaut de posséder l'Egypte, c'est-à-dire un territoire aussi vaste, partant de l'Océan Atlantique, du Sénégal à l'Océan Indien, à Djibouti.
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