Dans la guerre entre pays, c'est celui qui attaque qui doit déployer trois fois plus de force que l'ennemi, s'il veut avoir la chance de prendre le dessus.
En 1870, la France ne veut pas qu'un prince prussien (Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen) arrive au trône d’Espagne. Napoléon III pense que cette éventualité ferait que la France soit encerclée par une alliance prusso-espagnole. Il exige alors que le roi de Prusse, Guillaume Ier, renonce définitivement à ce trône en Espagne. Guillaume Ier rencontre l’ambassadeur français à la station thermale d’Ems et lui dit que Léopold a déjà renoncé et donc, qu'il n'y a pas de problème.
Guillaume Ier envoie à Bismarck un compte rendu mais ce dernier modifie le texte avant de le publier à Berlin, en donnant l’impression que le roi de Prusse a refusé sèchement de recevoir l’ambassadeur français, et que la France a été humiliée.
La France mord à l'hameçon : tout le monde en France dit que c'est inacceptable qu'un petit pays comme la Prusse ait insulté l’honneur national de la grande France. Le gouvernement français convaincu de la faiblesse de l'armée prussienne que Bismarck a savamment mise en scène, déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Bismarck obtient ainsi exactement ce qu’il voulait : une guerre qui pousse les États allemands du Sud à s’unir avec la Prusse contre un ennemi commun : la France. Cette dissimulation de sa vraie puissance militaire et la stratégie de Bismarck qui va avec, a garanti une victoire prussienne facile qui a conduit à la réunification allemande et à la proclamation de l’Empire allemand à Versailles en janvier 1871.
C'était la première fois que quelqu'un appliquait la Realpolitik avec autant de succès. Bismarck a utilisé le sentiment nationaliste allemand pour rallier les petits États et disposer d'un rapport de force avantageux avant d'ouvrir les hostilités contre son ennemi juré, la France. La menace française en 1870 intelligemment construite par Bismarck a servi de catalyseur et de prétexte mobilisateur et unificateur. Les Allemands ont senti le besoin vital de s'unir face à un ennemi commun.
Le 18 janvier 1871, Guillaume Ier est proclamé empereur à Versailles, le siège du dernier pays européen qui empêchait l'unité allemande. Ce geste est aussi pensé par Bismarck pour humilier l'ennemie de toujours, la France et montrer à tout le monde que l’unité allemande est désormais une réalité.
Bismarck a utilisé l'intelligence de la dissimulation, pour devenir le plus puissant en Europe, au point d'organiser la fameuse conférence de Berlin de 1884, où tous sont obligés de s'y précipiter s'ils ne veulent pas courir le risque de perdre leurs colonies en Afrique.
Lire le contenu
....
Dernières nouvelles