On aurait pu imaginer que lorsque les politiciens africains se trompent, les intellectuels de la diaspora leur proposent des correctifs.
On aurait pu espérer que lorsque les dirigeants camerounais se trompent dans la géographie et appellent Nkongsamba, région du Littoral, les intellectuels de la diaspora pourraient faire comprendre que la définition du mot littoral, veut dire qui appartient au rivage de la mer et qu'une région littorale, est une région qui s'étend le long de la mer. Et par conséquent, qu'il est déséducatif, pour un gamin du Cameroun, réciter que Nkongsamba ou Melong appartient à une région qui s'étend le long de la mer.
Si la ville côtière française de Nice est le chef-lieu d'un département qui a en plus des belles plages de Cannes et de Saint-Tropez, mais aussi les montagnes et les stations de ski d'Isola-2000, ce n'est pas pour rien qu'on a bien pris soin d'appeler ce département : Alpes-Maritimes.
J'ai pris la peine d'écrire cette leçon, parce que j'ai été informé des collectifs de médecins camerounais de France et de Belgique, des collectifs des ingénieurs camerounais d'Allemagne, s'organisent pour créer une sorte d'apartheid dans la ville camerounaise de Kribi, avec des quartiers où ne pourraient accéder que ces nouveaux colons d'importation.
Mon problème est que ce sont des gens qui vont importer au Cameroun, leur ignorance et leur inculture qui vont s'ajouter à celles des dirigeants du Cameroun pour en sortir un cocktail explosif de méconnaissances scientifiques, de lacunes juridiques et surtout, d'ingéniité géographique qui les amènent à confondre comme les autorités camerounaises, la ville navale, de la ville portuaire.
Ils sont si naïfs qu'ils s'imaginent que la Chine a déboursé 2 milliards de dollars pour construire le port de Kribi, pour que leur candeur politique associée à leur insuffisance géostratégique leur donne le droit de le transformer en ville balnéaire, pour frimer, s'amuser, fanfaronner avec l'argent de quelqu'un d'autre qu'il devra rembourser tôt ou tard.
LA DIFFÉRENCE ENTRE UNE VILLE BALNEAIRE ET UNE VILLE PORTUAIRE
LES EXEMPLES EUROPÉENS
La directive 2002/59/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2002 relative à la mise en place d'un système communautaire de suivi du trafic des navires et d'information et abrogeant la directive 93/75/CEE du Conseil, crée le cadre juridique traduit dans les lois nationales de chaque pays de l'Europe qui fait que par exemple en Belgique (d'où viennent la plupart de nos médecins camerounais qui veulent créer leur quartier résidentiel à Kribi), la ville d'Anvers étant classé comme portuaire, il est strictement interdit de s'y baigner.
Voici ce que dit la loi belge dont je vous mets l'intégralité du texte en pièce jointe :
Règlement de police et de navigation pour la mer territoriale belge, ports et plages du littoral belge
(ARRÊTÉ ROYAL DU 4 AOÛT 1981)
Page 1 :
Article 1
Le présent règlement est applicable dans la mer territoriale belge, dans les ports et sur les plages du littoral belge. Le présent règlement contient des dispositions transposant la directive 2002/59/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2002 relative à la mise en place d'un système communautaire de suivi du trafic des navires et d'information.
(Art. 8 Arrêté royal du 17 septembre 2005 transposant la directive 2002/59/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2002 relative à la mise en place d'un système communautaire de suivi du trafic des navires et d'information et abrogeant la directive 93/75/CEE du Conseil, MB le 11 octobre 2005.)
Page 25 :
Article 43
Il est interdit de nager ou de se baigner dans les eaux des ports du littoral belge.
Et si vous vous obstinez à vous laver dans la mer d'une ville classée comme port en Belgique, parce que y accoste le moindre bateau, en 2024, vous payez une amende municipale de 250 €.
Question : C'est quoi la différence entre une ville portuaire et une ville balnéaire ?
Selon la directive européenne, tout le littoral est considéré comme portuaire et c'est à chaque mairie de faire de sa ville une localité balnéaire, à condition de faire au moins trois prélèvements d'échantillons d'eau de mer par jour pour faire analyser et mettre un drapeau vert, suggérant que cette eau est propre à la natation.
C'est ensuite à chaque mairie, dans une limite de 200 mètres du rivage, d'installer des stations de secours et des agents de surveillance, avant d'autoriser la natation. Si tel n'est pas le cas, il faut afficher une pancarte qui explique que le citoyen peut bel et bien se baigner mais à ses risques et périls.
Au-delà des 200 mètres du rivage, c'est le préfet qui devient compétent.
Question : Pourquoi ces détails sont importants pour les mairies au point où c'est l'Union Européenne qui en fixe les directives ?
Réponse : parce qu'en cas de noyade ou de maladie grave contractée lors d'une baignade, les victimes et les assurances peuvent entraîner les mairies au tribunal.
Question : Et puisque le Cameroun ne fait pas partie de l'Union Européenne, en quoi est-il concerné par ces directives ?
Réponse : Au Cameroun, toutes les sociétés d'assurance s'appuient sur ce qu'on appelle les sociétés de ré-assurance européenne, pour se couvrir des expositions aux risques trop élevés. Et bien entendu, la famille d'une victime de noyade ou une personne ayant contracté l'hépatite A à Kribi, et résident par exemple en Belgique, peut demander réparation, à son assurance belge qui bien entendu, va refuser de payer, tout simplement en fournissant les preuves qu'avec la présence d'un port en eau profonde à Kribi, la victime savait qu'il était interdit comme en Belgique de s'aventurer dans ce lieu pour se jeter à l'eau.
Ce sont les mêmes autorités camerounaises sous la présidence de Paul Biya qui ont créé et alimenté dans la tête des Camerounais, la fausse idée selon laquelle Kribi serait une cité balnéaire et non une cité portuaire. Et tous les spéculateurs s'y sont engouffrés.
Personne ne leur a expliqué que c'est au port de Kribi que se trouve le terminal à hydrocarbures en provenance du Tchad. Et même s'ils étaient au courant, personne apparemment à Yaoundé ne faisait le lien entre ce terminal et la supposée plage balnéaire de Kribi.
Nous sommes le 26 mai 2023, par un communiqué du Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP), le pipeline Tchad-Cameroun a rapporté 12,12 milliards de FCFA au Trésor public camerounais entre janvier et avril 2023 au titre de la redevance de transit. Selon la CPSP, ce montant équivaut à une cargaison totale de 15,33 millions de barils enlevés au niveau du terminal KK1 dit, de Komé à Kribi, en provenance des champs pétroliers Tchadiens.
Et là, tous les Camerounais sont contents. Puisque le Trésor Public camerounais, sans rien faire, a encaissé une manne de 12,12 milliards de FCFA, sans rien faire, une rente en somme. Ils ne savent peut-être pas que Komé se trouve à 12 km des plages fréquentées par les camerounais à Kribi. Et même s'ils le savaient, ils ne faisaient aucun lien avec le dégazage ou le déballastage des cuves des bateaux.
Pire, ils n'ont tout simplement, probablement jamais entendu parler de « Dégazage » des bateaux en mer.
Le dégazage est une opération qui consiste normalement à évacuer les gaz toxiques qui se sont accumulés dans les réservoirs des navires, un certain trajet. Sauf que ce mot aujourd'hui remplace un autre moins connu, le déballastage.
Pour venir charger les 15,33 millions de barils pétroliers tchadien du terminal de Komé à Kribi, ces bateaux en théorie arrivent vides.
Sauf que si les bateaux voyagent vides, ils sont instables durant la navigation maritime, surtout lorsque la mer est agitée. Pour corriger l'équilibre des bateaux ou assurer son enfoncement dans l'eau, les bateaux sont équipés de ballasts.
Ce sont des compartiments qui équipent les bateaux l'on remplit d'eau de mer lorsqu'il s'agit des bateaux porte-conteneur, ou des résidus pétroliers lorsqu'il s'agit des bateaux qui transportent les hydrocarbures, appelés « pétroliers ». Avant de charger le fameux pétrole tchadien, l'équipe du bateau doit au préalable nettoyer les cuves du bateau, on parle alors de dégazages de citernes ou de Nettoyages de soutes et c'est en mer non loin du point d'arrivée et du chargement que cela se passe.
Et bien entendu, ces résidus de pétrole et ces rejets à la mer d'hydrocarbures iront finir sous forme de particules dans les eaux portuaires dans un rayon pouvant atteindre 100 km.
C'est la principale raison qui fait que dans l'Union Européenne, il est strictement interdit de se baigner dans les eaux portuaires.
Question : Pourquoi la baignade est interdite dans les eaux de Venise en Italie et toute personne qui contrevient à cette directive, risque une amende de 350 euros en 2024 ?
Réponse : A cause de la présence dans les eaux côtières de Venise, d'un port appelé Porto Marghera
Porto Marghera n'est pas un port dont on parle beaucoup, comme celui de Trieste, de Naples ou de Gênes, parce que ce n'est pas un port où on se rend chercher son conteneur, car ce n'est pas un port commercial, mais un port industriel.
L'histoire remonte à la fin du 19ème siècle, lorsque l'extrême pauvreté sévit un peu partout en Italie qui a presque autant d'habitants que la France sur un territoire moitié moins grand et peu favorable à l'agriculture dans plusieurs régions.
Pour accélérer le développement du pays, les politiciens italiens font le choix d’avare sur la création des ports industriels.
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