FRONTINUS réussit à les soumettre et tient en échec toutes les autres tribus indigènes jusqu'à ce qu'il soit remplacé par Agricola en l’an 78. En l'an 97, pour le récompenser de son succès d’avoir réussi à soumettre un peuple aussi puissant que les Silures et les amener à accepter l’hégémonie romaine, il est nommé surintendant des aqueducs (curator aquarum) à Rome, un poste exclusivement conféré à de très hautes personnalités. Frontinus était aussi membre du collège des Augures. Un Augure est une fonction dans la hiérarchie religieuse romaine. L‘augure est, dans la religion romaine, un ministre ou un prêtre chargé d'interpréter les phénomènes naturels considérés comme des présages, des signes annonciateurs de l’avenir. Le collège des augures dont faisait Frontinus, interprétait les signes par lesquels les dieux faisaient connaître leur volonté. Partant de son expérience de général romain qui a gagné plusieurs batailles sur le terrain, Frontinus a écrit un traité théorique sur la science militaire (De re militari) qui malheureusement n’est pas arrivé jusqu’à nous. Par contre, son livre, intitulé « Strategematon libri III » est une collection d'exemples de stratagèmes militaires de l'histoire grecque et romaine, à l'usage des officiers. C’est ce livre qui nous intéresse dans notre leçon d’aujourd’hui. Ou plus précisément, la 4ème stratégie contenue dans le livre 3 de Frontinus, nous intéresse, car largement utilisé par les descendants français et britanniques de Frontinus, pour dompter les africains dans la colonisation qui continue encore aujourd’hui, 64 ans après l’indépendance de mon pays le Cameroun. Ce chapitre s’intitule : « Des moyens de réduire l’ennemi par la famine ». Question : Comment donc, Frontinus a-t-il réussi à gagner la guerre contre les Silures et les amener à accepter leur soumission à Rome ? Réponse : Par l’arme de la famine. Et surtout, ne concevez pas la famine au premier degré. Frontinus, introduit un nouvel élément qui était négligé jusque-là. La meilleure manière de réduire un peuple par la famine, c’est de lui faire croire qu’il est non seulement en paix avec nous, mais qu’il est notre ami. Puisqu’il nous écoute comme Ami, il faut maintenant, l’amener à se convaincre que son stock pour se nourrir est suffisant et donc, qu’il n’a pas besoin d’en produire plus. On trouve ensuite des moyens pour détruire sournoisement cette récolte. Dans le livre, il suggère de venir la nuit faire des trous sur le toit où est stockée la récolte. Encore plus insidieux, si ce peuple mange le mil, proposez-lui non pas qu’il produise le mil pour vous vendre, mais donnez-lui à produire ce qu’il ne peut pas manger et faites en sorte d’utiliser l’essentiel de ses terres avec cette nouvelle production que bien entendu, vous serez les seuls à acheter et donc, à fixer le prix. Et lorsque les peuples ont faim, vous aurez deux types d’hommes qui vont s’y dégager. Vous aurez ceux qui vont comprendre l’arnaque et vont insister à se passer de la grande chance que vous leur avez offerte de travailler à votre service. Et les autres qui vont se précipiter vers vous pour vous demander de l’aide pour manger. On va naturellement combattre la première catégorie jusqu’à sa disparition totale, car ce sont ceux qui seront prêts à vous livrer la plus dure des guerres pour rester souverains, libres. C’est en revanche avec la deuxième catégorie de ceux qui ont faim et viennent vers vous pour espérer la solution qu’il faut travailler. Ils sont plus aptes à vous remplacer dans le commandement et faire entièrement vos intérêts, pour continuer de trouver auprès de vous de quoi manger. Il a suffi de faire croire aux indigènes britanniques des Silures, que Rome était intéressé par une coopération pour procéder à un transfert de technologie de Rome vers la Grande Bretagne. Une fois qu’ils ont mordu à l’hameçon, il ne restait plus qu’à réduire leur nombre par la famine. Oui, mais comment ? En faisant miroiter aux indigènes que Rome était intéressé à acheter leur production d’artisanat dont Rome n’avait pas besoin. Frontinus donne d’autres exemples pour affamer les peuples et les contraindre à la soumission. Il cite l’exemple du général romain Fabius Maximus qui veut soumettre les populations de Capoue. Il donne à cette population l’illusion que la guerre est terminée et qu’il se retire. Mais il ne choisit pas n’importe quelle période pour le faire. Il se retire durant les semailles de blé.
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