En mars 2024, le colonel français à la retraite Jean-Pierre Augé a publié un mémoire sur ses 20 ans de carrière en Afrique en tant que membre des services de renseignement français, la DGSE, la Direction générale de la sécurité extérieure. Le titre du livre « Afrique Adieu » fait référence à la perception d'Augé d'une Afrique en croissance de plus en plus lointaine, à la lumière des récents coups d'État au Mali, au Niger et au Burkina Faso qui ont renversé les gouvernements soutenus par la France. Un aspect bizarre et presque comique du livre est que, malgré les récits officiels du gouvernement français qui traitent toutes les accusations d’exploitation, de corruption et de néocolonialisme comme des illusions fictives imaginées par une jeunesse africaine amère, Augé met en évidence à quel point le gouvernement français a été profondément impliqué dans la politique africaine au cours des dernières décennies. Que ce soit au Togo, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Cameroun ou au Niger, Augé entraîne le lecteur dans les nombreuses missions qui lui ont été assignées sur le sol africain. Parfois, son travail consistait « simplement » à contacter des journalistes, des intellectuels et des militants africains, pour les convaincre de travailler comme informateurs pour la DGSE. À d'autres moments, il rédigeait des rapports sur ses observations de terrain, donnant un aperçu de la situation politique, sociale et parfois militaire actuelle pour permettre à son gouvernement de mieux comprendre les opportunités potentielles qui pourraient être saisies pour promouvoir les intérêts de la France. Plus intéressant encore, il reconnaît lui-même ses liens étroits avec de nombreux chefs d'État africains, qui eux-mêmes étaient parfaitement conscients de son rôle d'agent des services secrets français. Se comportant comme leur proche collaborateur, leur garde du corps et leur conseiller, il rapportait directement leurs moindres faits et gestes à ce qu'il appelle « Paris », une métonymie euphémistique qui détourne presque le lecteur de la conscience que les gouvernements africains sont sous la surveillance constante de l'État français. Cependant, la relation est présentée comme relativement consensuelle. Les agents de la DGSE ne s'immiscent pas, mais sont au contraire invités dans la vie des chefs d'État, des ministres, des proches et des membres des autorités au pouvoir. Selon ses propres termes, décrivant sa rencontre avec le président tchadien de l'époque, Idriss Déby : C'est en fin de journée de juillet 1994 qu'Idriss Déby m'a reçu. Il avait sous les yeux la lettre de présentation du commandant Augé, signée par la DGSE. Mon hôte m'a interrogé sur les détails de mon installation, a écouté mes premières impressions et m'a demandé si j'avais des besoins auxquels la présidence pourrait répondre. (p. 191)