On dit que l’ignorant est celui qui est sans savoir, celui qui n’est pas instruit de certaines choses. Je crois au contraire que l’ignorant n’est pas celui qui n’a rien appris, mais celui qui a appris des choses erronées. Ce n’est pas ce que nous connaissons qui nous fragilise, mais ce que nous croyons connaitre et qui dans la réalité est faux ou n’existe pas. Il n’existe pas de vérité absolue. Ce que nous voyons et apprécions est souvent le fruit d’un mélange bien dosé entre les expériences passées et l’influence que notre environnement exerce sur nous. Le mensonge est aussi une vérité, mais dite différemment. Le mensonge peut être une vérité, mais formulée à un moment non adapté. Alors que la vérité est un mensonge racontée au bon moment. Pendant des années, au cours de sociologie politique, mais aussi sur les pensées politiques, chaque année aux différents cours sur la religion, j’ai souvent été victime d’une fronde venant des étudiants en provenance du Caucase ou de la Péninsule arabique, qui s’installaient dans une radicalité dans laquelle je ne devais même pas prendre l’hypothèse qu’il n’y ait pas de dieu. Il était fréquent d’entendre de la part d’un étudiant énervé par mes cours la phrase suivante : « mon père ne paye pas tout cet argent pour que je vienne jusqu’en Suisse entendre les insultes contre ma religion ». Et moi de répondre ponctuellement : « si ton père a payé autant d’argent, pour t’envoyer en Suisse, c’était pour que tu acquières un sens aigu de la critique. Je suis payé pour te former à cela et non pour te raconter ce que tu veux entendre. ». C’est le recteur de l’école qui me donnera la solution pour affronter ces instants de crise dans la classe, une astuce qui fonctionne à tous les coups : il s’agissait de montrer ma main aux étudiants et de leur demander de quelle couleur elle était. Ils répondaient : « claire » et moi de répondre « sombre ». Et de leur dire, que toutes les deux parties avions raison, chacun en fonction de sa position. Ils voyaient l’intérieur de ma paume de main, claire et moi, je voyais de dos de ma main, sombre. Nous avions donné deux réponses contradictoires au sujet de la même chose et nous avions raison tous ensembles. Et que c’était le même principe en religion où il faut avoir l’intelligence d’accepter que ce qui est la vérité pour moi ne peut en aucun cas être la vérité universelle, la vérité absolue qui n’existe pas. Pascal a écrit : « L’homme est un roseau pensant. Le plus faible de la nature. Il sait qu’il meurt, la nature non. Mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand bien même l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien ». Toute la dignité humaine repose sur la pensée. La vraie richesse de l’humain est sa pensée, est sa prise de conscience de l’univers qui l’entoure. L’humain ne pouvant remplir ni l’espace, ni le temps, il ne reste plus que la pensée pour le sauver, pour l’élever, pour combler son handicap par rapport à la nature. C’est donc la pensée qui doit être la base de toute initiative et non l’histoire et non la géographie, et non l’économie ou les mathématiques. Nous devons donc nous activer à penser et à bien penser, parce que ce n’est pas de l’espace que viendra notre épanouissement, notre prospérité, mais du fruit de notre pensée. L’Afrique peut posséder toutes les matières premières du monde, mais sa population, continuer de rester pauvre, parce qu’il lui manque la pensée, comme préalable à la possession de l’espace. Parce que cet espace est l’avantage que la nature a sur moi, car je deviens un point minuscule de l’univers, donc complètement fragile et vulnérable, alors que à travers la pensée, je comprends cet univers et donc, je le dompte. Avec la pensée, je me pose la question de l’utilité des objets que la nature m’offre. Un diamant n’a de valeur que celle que ma pensée lui attribue. Sans cela, ce serait un morceau de verre cassé comme un autre. Sans la pensée, un puits de pétrole n’est qu’un trou avec de la boue noire. Mais sommes-nous certains d’avoir une bonne pensée ? Est-ce que notre pensée n’est pas déjà polluée par des interférences et les violences de la nature ou d’autrui ? Lorsque nos yeux voient que le sémaphore est passé au vert, sommes-nous certains qu’il s’agit en réalité de la couleur verte ? Déjà, nos yeux voient et déduisent que l’arc-en-ciel est fait de 7 couleurs et pendant des siècles c’était la vérité absolue. Il a fallu attendre le XXème siècle avec des appareils numériques, plus précis, pour comprendre qu’en réalité, l’arc-en-ciel est composé de millions de couleurs, couleurs que nos yeux ne peuvent pas voir. Voilà pourquoi ils procèdent à une synthèse, à un résumé de ce qu’ils croient voir. Et nous informent par erreur, que l’arc-en-ciel est composé de 7 couleurs seulement. Ce qui est naturellement faux comme dit plus haut. Sommes-nous surs d’avoir une bonne perception de la réalité ou une idée déformée par notre conditionnement psychologique. Nos sens nous trompent. La pensée est l’expression du doute raisonnable. Le doute est la condition nécessaire à l’évolution de la pensée, à l’évolution de la société. La certitude absolue est la mort de la pensée. La certitude, sans doute est la mort garantie d’une société. Même lorsque tout le monde est d’accord sur un sujet, la fenêtre ouverte au doute est la seule garantie de la validité d’une théorie. Lorsque Isaac Newton élabore sa théorie sur la gravité, c’est l’unanimité du monde scientifique autour de lui. Ceci va durer jusqu’au jour où John Adams va contester sa validité à tout l’espace. Et c’est grâce à ce doute de Adams, qu’il émettra l’hypothèse qu’il manquait une planète dans notre système solaire. Il faudra 5 ans de travail aux scientifiques du monde entier pour chercher cette fameuse planète, pour enfin arriver à constater que Adams qui avait semblé pour beaucoup comme un fou, parce que contestant le grand Newton, avait eu raison, puisque la planète manquante est trouvée et prendra le nom de Neptune. Dans les lignes qui suivent, d’autres faits nous permettront de comprendre comment notre cerveau peut être mis en veille par des informations pourtant fausses, mais que nous allons accepter comme vraies et les intérioriser dans nos échelles de valeurs intellectuelles. LA VERITE SCIENTIFIQUE N’EST PAS TOUJOURS VRAIE