Prenons l’exemple de l’usine de transformation de la tomate. Dangote part d’un postulat erroné et y construit tout un projet qui dès le premier jour de son lancement, n’avait aucune chance de réussir. Question : C’est quoi le postulat erroné dans l’usine de transformation de la tomate de Dangote ? Réponse : Le postulat erroné, sied dans la raison pour laquelle il crée l’usine : contrer l’importation de 300.000 tonnes de tomates chinoises au Nigeria par an. Dangote donne une réponse simpliste à une question complexe, à un problème complexe. Il aurait dû transformer sa question dans un autre postulat, plus juste selon moi et se demander plutôt : Pourquoi le Nigeria importe chaque année 300.000 tonnes de tomate concentrée de Chine chaque année alors que les tomates produites au Nigeria pourrissent sur le marché par manque de transformation ? Il ne suffit pas non plus de poser la bonne question pour avoir la bonne réponse. Si le problème est en lui-même complexe, il faut passer nécessairement par la pensée complexe pour arriver à la réponse et dans notre cas, il nous convient d’y ajouter même la Pensée Globale pour trouver la bonne réponse. La Pensée Globale, nous oblige à aller au-delà de notre périmètre habituel, pour poser le même problème dans une entité différente. En d’autres mots, si Dangote pose la Chine comme le principal problème de la tomate concentrée au Nigeria, par conséquent, nécessairement, la solution à ce problème ne sera que cette même Chine, la réponse la plus efficace au problème posé ne peut se trouver qu’en Chine. A ce moment-là, Dangote aurait découvert que la Chine est premier producteur mondial de la tomate, un fruit qui n’est pas essentiel dans son alimentation. Comment est-ce possible ? Et la réponse à cette simple question aurait pu inspirer le Nigeria entier. La Chine qui ne consomme pas en masse la tomate, pour en contrôler la production mondiale, avant de s’y lancer, s’est tout simplement posée la bonne question :  où se situe les éléments qui construisent le retard de la Chine par rapport à l’Italie, alors premier producteur mondial et qui donnaient à cette dernière un avantage compétitif tel que la tomate italienne coûte si moins chère au point d’envahir le monde ? Les réponses à cette question sont multiples et auraient dû aviser les autorités nigérianes qu’il ne suffit pas de monter le taux de douane sur la tomate concentrée importée de Chine de 5% à 50% et un prélèvement de 1500 dollars sur chaque tonne importée pour permettre à une usine du pays de réussir là où elle était déjà mal partie. La productivité. Si l’Italie hier et la Chine aujourd’hui envahissait le monde avec sa tomate, c’était surtout grâce à la productivité à l’hectare. Le Programme Alimentaire Mondial (Word Food Programme) dit que cette productivité moyenne mondiale est de 36 tonnes à l’hectare, contre 5,7 tonnes à l’hectare pour le Nigeria, alors que la Chine a détrôné l’Italie en passant à 50 tonnes à l’hectare. C’est-à-dire, pratiquement 10 fois plus que le Nigeria. Si la Chine avec 50 tonnes de tomates à l’hectare, a pu écraser l’Italie avec 36 tonnes et mis à la faillite de nombreuses usines, sur quoi comptait Dangote pour résister à la déferlante de la tomate chinoise avec seulement 5,7 tonnes à l’hectare ? En Italie, comme au Nigeria aujourd’hui, il existait un seul type de tomate qui se cueillait à la main et c’est le même type qui alimentait ensuite les usines. La Chine a mis au point de nouvelles variétés de tomates plus résistantes qui se récoltent mécaniquement, sans s’écraser et donc, sans pertes. Les chambres froides font partie intégrante du projet de la culture de la tomate en Chine, c’est une correction de ce que faisaient les producteurs italiens. Cela permet de réduire drastiquement les pertes et de prolonger utilement le temps de la transformation, pour l’étaler sur toute l’année et on se contenter uniquement des périodes de récolte. Pour y arriver, d’énormes fermes solaires ont été construites, pour casser le coût de l’énergie d’une telle pratique. C’est la solution que l’Inde a intelligemment copiée des Chinois pour se hisser comme troisième producteur de tomate dans le monde, en plus d’offrir à tous les producteurs, des caisses en plastiques, servant au transport de la tomate de la plantation, jusqu’aux chambres froides. Ces dernières ont servi en Chine pour rassurer les producteurs qui ne sont plus obligés de brader leurs productions, mais laisser leurs récoltes dans les chambres froides en attendant les meilleurs jours pour décrocher des prix satisfaisants. En Chine, une centaine d’universités sur les 3.000 que compte le pays ne travaillent que pour l’amélioration des différentes cultures agricoles dont la tomate.  L’Académie chinoise des Sciences est particulièrement active dans le désir de la Chine d’être le pays qui va trouver les solutions novatrices pour nourrir la planète. On l’a vu avec une nouvelle variété de riz qui pousse au désert, mais aussi de nombreuses variétés de fruits et légumes inventées par l’homme à travers notamment des greffes. Dans ces conditions, se lancer dans la construction des usines, uniquement pour espérer stopper les importations chinoises est illusoire. Avant de se mettre à produire la tomate, la Chine a d’abord assuré sa sécurité alimentaire. Elle a d’abord réussi à mettre à la disposition des Chinois les plus pauvres de la nourriture bon marché. Elle a d’abord réussi à sortir de la pauvreté plus de 700 millions de chinois, avant de diversifier ses activités d’exportation dans la tomate qui n’est en rien prioritaire pour elle.
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